dimanche 26 février 2017

MAHASHIVARATRI 26 FEVRIER 2017:DAATH ET LA PORTE DES PARADOXES




BONNE FETE DE MAHASHIVARATRI CE 26 FEVRIER 2017:

DAATH OU LA PORTE DES PARADOXES

Le 2 février 2017 (dans la période du 1er croissant lunaire) nous avons (pour certains) célébré  IMBOLC le renouveau à venir à la manière païenne. Ce frémissement au niveau de l’astre lunaire et des planètes annonçait le début de l’année véritable dans les traditions anciennes, la fête de Risshun le 5 février lors de la lune gibbeuse ascendante. Setsubun est le nom de la veille du jour appelé risshun, qui marque le premier jour du printemps selon l'ancien calendrier japonais, un calendrier lunaire comme le sont les calendriers indiens et juifs ultérieurs. Ce jour là, il est de coutume de lancer des graines de soja grillées en déclamant « Les démons à l'extérieur ! Le bonheur à l'intérieur ! » Une vieille coutume qui fait référence à l’époque Divine d’enfermement des « dieux de lumière » derrière la « Porte Rocheuse » (mise à l’arrière plan de la lumière au profit de l’Ombre).
 

Nous sommes dans la période des « premiers temps de l’année », dans le printemps, du latin primus termpus. Le "premier temps", est le début du recommencement du cycle. L’Homme Vert le Verdoyant Pashûpati) revient à la vie. Les romains appelaient ce moment ver sacrum, sacre du printemps, et nommaient ce temps "printanier" : vernalis, qui a donné le français "vernal". Ce terme s'emploie surtout dans le domaine de l'astronomie : le point vernal, c'est l'équinoxe de printemps vers lequel nous nous dirigeons (le 21 mars).

Cette relation entre la source et la lumière montante du printemps, se retrouve dans la symbolique de la lettre Ayin (ע), seizième lettre de l'alphabet hébraïque. Cette lettre, surtout connue pour représenter un œil, est tout à la fois la "source" d'eaux et la "source" de lumière, eaux et lumière sont réunis par la "source d'eaux vives" (maqor mayim h'ayim - מְקֹור מַיִם חַיִּים).
 
 
L'hébreu mâyan désigne également un losange et la forme du diamant. Il est intéressant de relever que la valeur numérique, 170, de mâyan est également celle de "nissan" (נִיסָן), le mois hébreu du printemps (qui est attesté comme étant le mois de la naissance du Christ). La source se prononce simplement "êin" (עֵין), c’est la source serpentine qui monte et descend dans la colonne centrale de l'édifice des Sefiroth qui réunit les eaux et la lumière. Au centre du Daâth (דעת), la source de lumière, se trouve la lettre Âyin, et ses 70 degrés. Yessod (יסוד), le miroir d'en bas, la source des eaux, est "Yod-Sod" (י סוד), le "secret du Yod". La source de Lumière s'étend à partir de la mystérieuse Daâth, elle descend vers Malkuth pour l'éveiller, la renouveler et la rendre fertile et verte.  Le Yod est la force secrète qui va faire le tiqoun (réhabilitation) des 50 Portes d’en HAUT.

DAATH est la porte des paradoxes, le lieu de passage de notre Univers A vers l’Univers B. la pression du bas vers le Haut et la pression du Haut vers le bas donnent lieu à des voies paradoxales que l’on peut nommer Gnose immanente et Gnose transcendante. Mais n’oublions pas que la Lune et Soleil ne sont que des aspects de Celui qui n’est pas, de l’Obscurité au-delà du Bien et du Mal. Et aujourd’hui justement nous célébrons la NUIT DE SHIVA (Mahâ-shiva-râtri), la « disparition » du « Soleil » et de la « Lune », la résorption de toutes les fausses dualités. Comme le disait Crowley en citant les mystères des portes « paradoxales » : « For below the Abyss, contradiction is division; but above the Abyss, contradiction is Unity ». Bonne fête de MAHA SHIVARATRI !

KHEMXNUM

jeudi 16 février 2017

L'ARCHETYPE DU DIEU SET ET LA SOI DEIFICATION

                                                   

 Dans les Arts occultes, le but à atteindre doit être défini. Mais définir un but est une chose, le COMPRENDRE est une autre chose. Tout but transcendant implique le développement de l'attitude détachée du guerrier, car en règle générale l'éveil transcendant demande une longue pratique et une longue ascèse.  Ce qui est contraire à la VOIE c'est l'attachement aux fruits de l'action. Le guerrier, celui qui est en quête (de lui-même) doit apprendre à se détacher du but. Car de façon ultime, le but projeté devant soi finit céder la place avec le temps à la joie de cheminer sans but (c'est l'enseignement de la Rune RAIDO).

      


Comme l'indique la rune, le chevalier véritable suit son chemin (son Wyrd) comme un guerrier qui ne sait pas quand ni où peut surgir le Dragon qu'il traque. Il est attentif aux moindres signes mais avec détachement et sans peur: c'est ici que but et voie se confondent: le but est dans son cœur. Ce but est la pratique de ce que l'on nomme la MAGIE, non pour créer en soi l'IBIS SOLAIRE.
            Dans la première phase d’un travail magique véritable (Solve/Coagula) nous réorientons à la fois notre vision du monde et notre conception de nous-mêmes. Nous apprenons entre autres que l'ego n'est pas notre ennemi. Dans la solitude de nos remises en cause, nous nous rendons compte que contrairement à l'opinion admise, il n’y a pas de "sauveur extérieur", il n’y a pas de "maîtres" sur qui nous pouvons compter. Nous sommes seuls et seule notre puissance intérieure (son éveil) peut nous guider. Le réveil de cette force qui sommeille en nous, le fait de ne compter que sur nous, réveille une "force" nommée le "sel". Sur cette fondation nous pouvons rassembler ou commencer à réunir les matériaux qui serviront à la cristallisation future de notre "SOI". Quand la rupture commence à atteindre son point maximum, il devient alors nécessaire d'établir consciemment un contrôle magique (Julius Evola explique bien cette phase). C'est à ce moment que quelque chose de réellement "séparé" de l'univers peut apparaître et que commence véritablement la VOIE magique.
La figure du dieu Set est emblématique de cette quête de la soi-déification. Il est la figure par excellence des deux courroies du sentier magique: l'isolationnisme et l'antinomianisme (moyens utilisés pour créer le « sel » intérieur). Set est présenté comme le prototype de l'être ayant " "achevé" la voie MAGIQUE. Les 3 étapes de l'œuvre (noire, blanche et rouge) de soi-déification se déroulent à travers sa vie. A travers trois "ruptures" (on retrouve ici les 3 crises dont parlait Crowley) il va effectuer la totalité du cheminement requis:
-le « meurtre d’Osiris » ou la rupture d'avec le passé (les dieux morts de notre cycle actuel): c'est la rupture avec le passé, les anciennes formes de croyances et les fausses promesses des ordres magiques. Ce qui caractérise l'adepte véritable c'est son refus de suivre les doctrines anciennes qui n’ont plus aucune consistance par rapport au changement d’Aeon, selon l’adage : Il n’y a de vivant que ce qui est actuel;
-la rupture d'avec le présent confus en faveur de la présence à soi ici et maintenant (meurtre d'Apep). Apep est tué et son sang sert à fertiliser l'œuvre future, l'œuvre rouge qui est COAGULA: la cristallisation des corps supérieurs de l'Adepte;
-La « rupture d'avec le futur » : Set affronte continuellement Horus maintenant ainsi une dynamique sans fin et un équilibre difficile à réaliser : garder intacts mais en perpétuelle évolution les deux parties de lui-même, c'est l'œuvre luciférienne la plus absolue.

 KHEMXNUM

 

 

mardi 14 février 2017

INTEGRATION OU EVOCATION DE L'ESPRIT IOPHIEL


 
 

Présenter de façon brute l’évocation comme étant uniquement l’art de converser avec certaines entités ne rend pas compte de la partie « intégration » de ce type de rite (celle qui consiste pour le mage à intégrer des éléments « externes » particuliers, à sa propre psyché en vue d’opérer des changements intérieurs propices à l’éveil, à la réintégration dont parlent toutes les traditions. Si ces éléments ne sont pas fournis par tout rite évocatoire ou invocatoire, ces derniers ne sont alors que simple démonstration de suffisance et de vanité.

PREPARATIONS

1-4 nuits avant le rituel il faudra effectuer la totalité des préparatifs en vue du rituel.
A-Consacrer deux sigils,
B-Consacrer le talisman de JOHPHIEL;
-Revivifier le Temple Astral de Bethor.
 
Pour l'évocation elle-même, il existe plusieurs techniques (ou Formules) selon les Ecoles magiques. Ces formules ne sont pas les mêmes selon que l'on a affaire aux Esprits des planètes et à des Elémentals (Rois Elémentals), ou que l'on a affaire à des entités séphirotiques ou à des Anges et règnes archangéliques. 
 Une Formule qui fonctionne bien est celle que donnent les fondateurs de l'AS, Melita Denning et Osborne Phillips dans Philosophie et Pratique de la Haute Magie.   Comme ils le font remarquer, "cette formule et sa formule-sœur suivante (...) conviennent à l'évocation d’entités élémentaires ou planétaires pouvant être gouvernées par des rites théurgiques. Ils ne sont pas destinés à l'évocation d'entités goétiques élémentaires ou planétaires[1], ni à l'évocation d'entités zodiacales, qu'elles soient théurgiques ou goétiques. Pour les entités zodiacales, il existe des formules spéciales.).
 
 
 
Équipement (exigences essentielles)
- Tessera Mystique (pour ceux qui travaillent selon le système de la GD, le disque de terre convient très bien);
- Grande baguette (j'utilise ma baguette-foudre);
- Épée;
- Arme élémentaire selon le cas;
- Tablette Enochienne, selon le cas;
- Cratère. (Le cratère est un petit vase ouvert en laiton ou en cuivre, d'une profondeur d'environ la moitié de son diamètre, il est soutenu sur un trépied ou autre petit support approprié. Il est préparé au préalable en y déposant une petite quantité d'alcool mélangé avec quelques gouttes de l'huile d'onction.)
- L’Encens et les lumières (ceux jugés appropriés et souhaitables).

6. La Hiérarchie.
Pour cette partie du rite, l’Energisation (ou encore énergétisation) de soi, la capacité à générer des énergies nécessaires à la fois à sa protection mais aussi à la conduite magique et à la guidance des forces lors du rite, se fait par l'utilisation de la 2ème Formule dite Clavis Rei Primae (voir la PPHM), ceux qui sont familiers du rituel du pilier du milieu peuvent l'utiliser. Une invocation digne et belle de la force de Dieu de l'Élément ou de la Sphère, suivie de l'aspiration à être un véhicule digne de l'opération de cette Influence Divine dans le rite DOIT être exécutée. La demande doit être conduite avec le plus grand pouvoir pour provoquer l'obéissance de l'Ange (je dirai plutôt de l'Esprit qui doit être évoqué).
ADJURATIONS
CONJURATIONS: (contrairement à ce qui est dit dans la suite par les auteurs, les conjurations ne sont nécessaires que lorsque l'on s'adresse à des hiérarchies élémentales ou à des entités goëtiques, mais même dans ce cas, ma propre expérience m'a conduit à éliminer cette partie dite CONTRAINTE notamment dans le LEMEGETON). 
NEGOTIUM
ACCUEIL DE L'ESPRIT
DEPART DE L'ESPRIT.



[1] Il existe des entités goétiques élementaires ou planétaires (des 4 éléments ou des 7 planètes).

dimanche 12 février 2017


ASTROLOGIE SIDERALE OU TROPICALE ?

J'ai été formé en astrologie par Gyrovagus (cours complet d'astrologie) et ai étudié les cours de Labouré (astrologie sidérale, prédire par les révolutions solaires et lunaires, Astrologie hindoue, Manuel d'astrologie divinatoire, etc.), les deux pratiquant à la fois l'astrologie occidentale (utilisant majoritairement le zodiaque tropical) et l'astrologie indienne (usant du zodiaque sidéral). Voici ce que dit en substance Labouré (et de nombreux autres auteurs) à propos de toutes les controverses stériles entre "spécialistes" des deux écoles:

"J'ai parfois arbitré des prises de positions concernant les différentes écoles d'astrologie. Chacun se réclame d'une École et clame haut et fort son appartenance. On parle d'École Uranienne, Indienne, Sidérale, Humaniste, Traditionnelle, Karmique, etc. En fait, je suis encore surpris, après dix-neuf années de pratique professionnelle, du nombre de courants qui façonnent l'astrologie. Je suis surpris par ceux qui se réclament de la tradition et qui pourtant sont loin de l'art des astrologues européens du XVIIe siècle…Peut-on demander à un astrologue humaniste de répondre à des questions pratiques, d'échéances et de datation ? S'il ne pratique que l'astrologie de cette école, il ne s'en sortira pas. Pour preuve, certains astrologues humanistes prétendent qu'on ne peut pas faire de prévision en astrologie, alors qu'ils devraient simplement dire : « Je ne sais pas le faire… » Car on peut le faire. On ne peut jamais en dire plus que libre-arbitre ne le permet, mais on peut prévoir. Le libre-arbitre est souvent surestimé par les humanistes. Peut-on répondre à des questions intérieures uniquement avec l'astrologie indienne ? Oui, mais un apport humaniste sera d'un grand secours. Peut-on être précis en utilisant l'astrologie « traditionnelle » actuelle ? Oui, mais cela prend beaucoup de temps et un ou deux thèmes horaires vont largement avantager le ou la cliente. Ceux qui cherchent uniquement à mieux se connaître préféreront l'École humaniste, qui dépasse largement les autres écoles sur ce plan.
En clair, les différentes écoles répondent toutes à des besoins particuliers. Prenons l'astrologie indienne et confrontons-là à l'astrologie traditionnelle occidentale. Depuis la Terre, il n'y a pas plus de zodiaque tropical que de zodiaque sidéral. Ce ne sont que des repères et des abstractions mathématiques et non quelque chose de réel. Dans son « Dialogue sur les deux systèmes du monde », Galilée écrivait : « Les choses reviennent au même si la Terre seule se meut alors que le reste de l'Univers est immobile ou si, alors que la Terre seule est immobile, tout l'Univers se meut d'un même mouvement. » Einstein le disait aussi en ces termes : « Pour être capables de déterminer les positions des corps, nous avons besoin d'un système de référence. »
En astrologie, il suffit de savoir comment travailler avec ces repères. On n'interprète pas de la même façon en sidéral qu'en tropical (et un bon astrologue, quelque soit la "réalité" plus apparente du zodiaque sidéral, l'accepte comme un "repère" et rien d'autre (je sens que les traditionnalistes épris de vérités CONCRETES vont frémir!). Nombreux sont les astrologues tropicalistes qui clament haut et fort : cela ne marche pas, je ne me reconnais pas avec Mercure dans tel ou tel signe. Cette réponse est classique quand on ne suit pas la méthodologie sidérale. En sidéral, Mercure est avant tout le maître de deux maisons, par ses maîtrises sur les Gémeaux et la Vierge. Cette planète ne signifiera rien de plus que ce qui est en rapport aux maisons dont cette planète est maîtresse. Par exemple, si Mercure est maître de I avec un Ascendant Vierge et si elle est située en Verseau, elle sera en Maison VI et cela marquera la personne et son comportement, par sa maîtrise sur l'Ascendant.

Pour mieux comprendre cette dualité tropical/sidéral, prenons l'exemple d'un homme qui traverse un carrefour. Tout à coup, caché par une camionnette, il disparaît. Changeons d'angle et déplaçons-nous ailleurs dans ce carrefour. Il réapparaîtra à nos yeux. C'est la même chose en astrologie quand on parle des zodiaques : En changeant de position, on verra certaines choses que l'on ne verrait pas si l'on était resté sur place. Mais si l'on ne cherche pas à voir cet homme mais autre chose, on aura intérêt à ne pas changer d'angle de vue. Il ne faut pas jouer les paresseux en voulant tout résoudre à l'aide d'une seule méthode en astrologie. A moins de ne se cantonner que dans son secteur de prédilection.
                                                   
Voici comment je procède :

Questions personnelles et intérieures : Astrologie indienne, utilisation intensives des divisions, D5 (état d'esprit) et D9 (Vie relationnelle). Le thème tropical est utilisé en faisant un petit crochet par chez les humanistes.
Questions professionnelles : Astrologie Indienne, Maison X et D10. Je monte toujours un thème horaire comme complément
Questions à plus ou moins long terme : Périodes planétaires (sidérales), avec des révolutions solaires sidérales et un tout petit peu de progressions secondaires, juste pour mieux situer l'individu.
Questions sentimentales courantes : Thème horaire. Pour la recherche de la date d'une rencontre, je fais appel à l'astrologie indienne, avec un usage intensif du D9 et parfois les maisons uppachayas en relation avec les périodes planétaires. L'ashtakavarga est souvent utile, quoique pas indispensable.
Une simple question rapide sur des sujets divers : Thème horaire
Personne ne connaissant pas son heure de naissance : Thème horaire

Denis Labouré a souvent parlé de « tradition », en des termes justes, indiquant que c'est un courant, et qu'en même temps, cela ne veut rien dire. À force de rester coincés par la tradition et par les écoles, on ne fait rien évoluer. Au lieu de les faire cohabiter, on divise l'astrologie et chaque gourou prétend qu'il est le seul à avoir raison. À l'inverse, à trop chercher des voies nouvelles, on désapprend l'astrologie. Par exemple, on sait plus travailler qu'avec les aspects et les maîtrises ont été oubliées. Qui sait ce qu'est un terme, un décan ou une triplicité ? Seul les érudits et les chercheurs le savent… N'utilisons que des méthodes qui donnent vraiment satisfaction et qui ne prennent pas des heures à l'interprétation. Toutes les méthodes qui ne marchent pas dans 80% des cas devraient être abandonnées. On peut jeter la moitié des livres...


Or (et je parle ici à présent de ma propre expérience d'astrologue "amateur" ayant tout de même plus de 15 ans de pratique) j'ai toujours été étonné par la précision prédictive de l'astrologie occidentale tropicale (ce qui me permets de sortir de la controverse ci-dessus par le haut). Lorsque j'étais jeune astrologue à Brazzaville j'ai été consulté par un de mes amis qui avait appris ma passion de l'astrologie et qui souhaitait me tester. J'ai joué le jeu et dressé son thème astral. J'ai pu "voir" ou "lire" en en restant à l'astrologie tropicale la date des évènements majeurs de sa vie (son premier rapport sexuel à 15 ans suivi d'une complication vénérienne avec suppuration, son mariage et la date de son exil en France, etc.). Je pense donc que tant qu'une méthode fonctionne, ses fondements historiques peuvent être remis en cause, mais pas sa validité. A partir de ce moment on voit bien alors que quelque chose (un paramètre d'ordre non rationnel) échappe alors à celui qui en est le détracteur...

lundi 9 janvier 2017

BONNE ANNEE 2017 SOUS LE SIGNE DE LA RESURRECTION

BONNE ANNEE 2017 A TOUTES ET TOUS!
 
2017 (2+0+1+7) représente une seconde chance. Une seconde opportunité de cycle s'offre à nous (un cycle antérieur qui s'achève avec le 10 terminal, et le 1 qui annonce un nouveau cycle de 9 ans à venir). Quelque chose commence en cette année de "transition entre deux cycles" qui aboutira à la réalisation "partielle" pour certains des promesses futures de la lame XX : 2 x 10 ou revivre autrement autre chose dans le renouveau complet.
L’image de l’arcane XX (qui prendra tout sons sens l'année prochaine), montre "Gabriel" (l'annonciateur intérieur) réveillant les "morts" (que nous sommes) avec sa trompette et faisant sortir le couple alchymique du tombeau, opérant alors une résurrection sur tous les plans, à tous les niveaux.
20 = 2 x 10 = 10 + 10 : l'initiation "DOIT" être terminée (au niveau collectif). LA PAPESSE (2) à révélé ses mystères deux fois: 2 x la ROUE-DE-FORTUNE (10), c’est donc le moment d’agir, de chercher de fructifier. Toute inquiétude doit être levée quand à l’idée de jugement. C'est l'éveil de la conscience, de l’ange gardien messager qui veille sur le monde, du génie psychopompe qui nous aide à renaitre à une vie nouvelle et quitter le "tombeau" du corps qui emprisonne notre esprit.
Le message de cette année est : « Regardez votre âme au plus profond de vous-même ».
Bon travail pour 2017!

mercredi 14 décembre 2016

CONTE SUR LA VOIE NOCTURNE


CONTE SUR LA VOIE NOCTURNE (extrait d'HOMO MAGICUS) :
                      
Imagine un long fleuve suivant une direction POUVANT le conduire à l’un des deux ports de deux Citadelles : la Citadelle Blanche ou la Citadelle Nocturne. Ce fleuve se divise à mi-chemin de son parcours en deux branches menant à deux ports différents : une première se dirigeant vers une Citadelle Blanche et une seconde vers une Citadelle Nocturne (1). Sur ce fleuve navigue un gros navire sans moteur, propulsé par la puissance du courant et la force d’attraction émise par les Etres des deux Citadelles (2).

Sur le navire se trouvent des êtres humains occupés à diverses activités, et selon leur nature ils répondent à la puissance d’attraction de l’une ou l’autre Citadelle (3). Un observateur vit au milieu des êtres du navire, semblant détaché de la vie générale, observant et notant ses impressions sur la vie du navire. C’est cet être qui va à présent narrer ce qu’il a vu: 

Après des années de navigation sur le long et interminable fleuve, j’en suis arrivé à la conclusion que ce fleuve dans sa « puissance d’attraction » dominante, représente la Direction du Plan Suprême pour les êtres de ce Monde (ce système d’Evolution). Ce système d’Evolution suit une direction précise (ce que l’on appelle également un DESSEIN). Ce dessin est l’état de conscience précis que doivent atteindre un certain nombre d’entités sur le navire à la fin de ce qu’on appelle le « jour » de ce système d’Evolution (c’est l’objectif commun à tous ces êtres que j’observe, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils puissent l’atteindre ou non). Cet état de conscience dépend d’un choix objectif que les êtres du navire doivent faire : adopter en grand nombre les valeurs des Etres de la Citadelle Blanche (la « réunification » avec Dieu par la pratique du "Bien") ou accepter de construire une civilisation fondée sur les valeurs des Etres de la Citadelle nocturne (l'autodéification par le refus de toute fusion avec l'Absolu, avènement du "surhomme" animé par des valeurs opposées à celles du nazaréen).

Les êtres du navire suivent le cours naturel des choses (le courant du fleuve) en étant sur le navire. Mais chaque acte qu’ils posent  individuellement ou collectivement, a des répercussions sur la progression du navire et sur les êtres qui voyagent avec eux. Bien que ce navire ne puisse pas être arrêté par un acte humain, sa progression peut être freinée ou se faire plus lentement, ou à l’inverse s’accélérer. A ce moment des « ajusteurs » venant de la Citadelle Blanche ou Noire se manifestent et procèdent à des réaménagements. J’ai remarqué que sur ce navire les êtres pouvaient avoir des activités de toutes sortes. Certains choisissent de coopérer plus activement avec les Etres de l’une des deux citadelles et de faire en sorte que le navire avance plus vite vers l’un des deux ports (au lieu de s’occuper uniquement aux plaisirs généraux qu’offre la vie sur le navire). En se réunissant, des personnes de même polarité (diurne ou nocturne) construisent des voiles afin de faire avancer plus vite le navire) : cela équivaut à cultiver leur jardin intérieur. Mais il leur arrive aussi de quitter le bateau et de décider d’avancer par eux-mêmes. Certaines âmes je l’ai remarqué, quittent le navire parce qu’elles estiment que sa progression est trop lente. Elles ont acquis suffisamment de force pour avancer plus vite que les autres et elles prennent de l’avance, atteignent à la nage le but de leur voyage avant le reste de l’équipage. Une de ces âmes intrépide est revenue sur le navire, mais son apparence était tellement différente que personne n’a remarqué son retour. Après des années et parfois des siècles, certains passagers du navire disparaissent de la vue des autres, puis reviennent vers le navire pour impulser des changements chez certaines âmes et les pousser à suivre la même voie qu’eux. Le DESTIN (Wyrd) sur le navire se manifeste de plusieurs façons :

-Collectivement : ce qui affecte un être affecte aussi les autres. Par exemple l’autre jour, un feu qui s’est déclaré sur le pont et a paralysé la livraison de l’eau sur tout le navire et bien que deux personnes seules aient été responsables de ce départ de feu, les conséquences ont été ressenties par tous ;

-Individuellement : certaines personnes sur le navire pensent que le voyage sur ce navire est une punition. Ce serait la punition d’un dieu vengeur. Mais en examinant la structure complexe de ces êtres du navire, j’ai pu me rendre compte qu’ils disposaient dans leur structure psychique de ce que je peux appeler un « univers subjectif » incomplet. Cet univers magique se compose essentiellement de deux choses : (1-)un noyau magique potentiel et (2-)un centre magnétique en construction. Leur noyau magique est constitué de toutes leurs expériences magiques dans l’une ou l’autre des voies diurnes ou nocturnes. C’est la somme de ce qu’ils sont réellement. Cette essence peut être d’une qualité puissante ou faible selon la puissance de leurs expériences passées, mais en réalité elle est très faible. Leur centre magnétique est la direction que suit leur rayonnement magique et qui attire à eux tout ce qui appartient à cette orientation. Un être du navire pratiquant la magie, fonctionne comme un poste émetteur allumé jour et nuit, une antenne branchée sur une fréquence vibratoire particulière. Il attire à lui tout ce qui dans l’Univers appartient à cette voie. Il y a en lui un centre magnétique puissant ou potentiel qui attire et expulse de l’énergie diurne ou nocturne. Et c’est en réalité ces deux centres qui conditionnent chez eux ce qu’ils appellent le karma et les conditions karmiques pénibles ou bonnes futures qu’ils attribuent injustement à leur dieu. Ainsi la souffrance « choisie » est le mode  de compensation qui s’offre à eux pour mettre un terme au karma qu’ils ont eux-mêmes généré.

Un être choisi une vie de souffrance comme moyen de purification ou d’éveil, mais sa mémoire antérieure étant inaccessible à sa conscience actuelle, il oublie que sa conscience a planifié cette vie comme étant la meilleure possible pour sa rédemption. Mais ici je dois parler des rédempteurs de la race provenant de la Citadelle Blanche. Je vous ai dit que certaines personnes décidées à avancer plus vite que les autres, une fois l’autre rive atteinte, choisissaient parfois de revenir pour aider les habitants du navire. J’ai remarqué qu’à leur retour sur le navire quelque chose avait changé en eux. Ils possédaient la capacité de soulager ceux qu’ils avaient choisi de guider d’une partie de leur karma. Ils prenaient volontairement sur eux une grande partie de la souffrance des autres pour alléger leur marche. Cela occasionnait chez ces êtres des souffrances telles que seule une âme assez proche de l’Absolu pouvait supporter. Ces êtres avaient choisi la voie difficile de l’évolution par la douleur en portant le fardeau des autres. En observant bien, il me semble que si ces êtres n’existaient pas aucune évolution ne serait possible. Ils portent la misère et la douleur du monde pour que d’autres puissent trouver l’éveil. Assez bizarrement, en observant certains êtes du navire, j’ai pu alors constater avec stupéfaction que des humains n’ayant pourtant pas atteint l’autre rive, pouvaient par une loi assez curieuse mais constante porter le fardeau d’autres personnes (celui d’une ville, d’une famille, d’un pays), par élection (choix du ciel) ou par accident. Ainsi, me promenant sur la partie la plus sombre du navire, j’ai assisté à des rites étranges. Un groupe de personnes d’une même famille avait crée une entité magique (un esprit servant de nature très maléfique). Ils avaient décidé que l’entité serait nourrie à l’aide d’un rituel particulier à chaque nouvelle lune du mois de mars, rituel faisant intervenir du sang humain. Malheureusement, ces deux personnes étant décédées prématurément, et, personne n’alimentant plus l’entité, elle s’était mise en vertu de la loi des affinités magnétiques à exterminer les proches enfants des deux personnes. Ce principe fonctionne souvent sur le navire où des êtres par simple affinité compensent pour des fautes dont ils ne sont pas directement responsables. Mais il existe des Ajusteurs et des Accusateurs provenant de la Citadelle Nocturne qui ont acquis la Liberté que procure l’immortalité magique. Ceux-là ont choisi la Voie difficile et corrosive de la magie de l’Ombre, la voie interdite…Mais je pense que pour aujourd’hui, je t’en ai suffisamment dit sur ce qui se passe sur ce navire….
 
                                           KHEMXNUM

samedi 3 décembre 2016

LES ORIGINES DE "L'ESPRIT" DU PREDATEUR OU ESPRIT POSSESSEUR EN NOUS

Les lourdes ombres noires
Chapitre extrait du livre de Carlos Castaneda " Le voyage définitif "
Ed. du Rocher - 1998 - page 261
                                                           

(…) L'obscurité s'était installée très rapidement, et le feuillage des arbres qui, un instant plus tôt, était d'un vert éclatant, paraissait à présent beaucoup plus sombre et dense. Don Juan me dit que si je regardais avec une grande attention la couleur foncée du feuillage, sans focaliser mes yeux et avec une sorte de regard en coin, je verrais une ombre fugitive traverser mon champ de vision.
" C'est le meilleur moment de la journée pour faire ce que je te demande. Il va te falloir un moment pour trouver en toi le degré d'attention nécessaire. Ne t'arrête pas avant d'avoir entrevu cette ombre noire. "
Je vis effectivement se profiler une étrange ombre noire sur le feuillage des arbres, une ombre qui partait et revenait, puis diverses ombres évanescentes se déplaçant de droite à gauche, de gauche à droite, ou s'élevant très haut en l'air. On aurait dit de gros poissons noirs, de gigantesques espadons volants. J'étais complètement absorbé par cette vision qui finit par m'effrayer. Il faisait désormais trop sombre pour voir le feuillage, mais je distinguais toujours ces ombres noires fugitives.
" Qu'est-ce que c'est, don Juan ? Je vois des ombres noires s'agiter partout.
- C'est l'univers à l'état naturel, me répondit-il, l'univers incommensurable, non linéaire, délivré du joug de notre syntaxe. Les sorciers mexicains d'autrefois furent les premiers à voir ces ombres et ils les suivirent partout. Ils les voyaient comme tu les vois, et ils les voyaient également sous forme d'énergie circulant dans l'univers. Et ils ont alors fait une incroyable découverte. "
Il se tut et me regarda. Ses pauses étaient toujours très étudiées et il savait me tenir en haleine.
" Qu'ont-ils découverts, don Juan ?
- Ils ont découvert que nous ne sommes pas seuls, me dit-il aussi clairement qu'il le put. Venu des profondeurs du cosmos, un prédateur est là, qui toute notre vie nous maintient sous son emprise. Les êtres humains sont prisonniers et ce prédateur est notre seigneur et maître. Il étouffe toute velléité de protestation ou d'indépendance et nous empêche d'agir librement. "
L'obscurité alentour semblait réduire ma faculté d'expression. S'il avait fait jour, j'aurais éclaté de rire, mais en pleine nuit, je me sentais comme muselé, paralysé.
" Il fait nuit noire, me dit don Juan, mais si tu regardes du coin de l'œil, tu vas continuer à voir ces ombres fugitives aller et venir autour de nous. "
Il avait raison. Je pouvais toujours les voir et leurs mouvements me donnaient le tournis. Don Juan alluma la lumière, ce qui eut pour effet de tout dissiper.
" Te voilà arrivé, grâce à tes seuls efforts, à ce qui était pour les anciens chamans le " cœur du sujet ". Je tourne autour du pot depuis longtemps en te laissant entendre que quelque chose nous retient prisonniers. Nous sommes effectivement tous prisonniers ! C'était un fait énergétique pour les sorciers d'autrefois.
- Pourquoi ce prédateur exerce-t-il ce pouvoir sur nous comme vous le dites, don Juan ? Il doit y avoir une explication logique !
- Il y a une explication, me répondit don Juan, qui est extrêmement simple. Ils nous tiennent sous leur emprise parce que nous sommes leur source de subsistance. Ils ont besoin de nous pour se nourrir, et c'est pour cela qu'ils nous pressurent implacablement. Exactement comme nous qui élevons des poulets pour les manger, ils nous élèvent dans des " poulaillers " humains pour ne jamais manquer de nourriture. "
Je me sentir secouer négativement la tête. Je ne pouvais exprimer mon violent sentiment de malaise et de révolte, et mon corps s'agitait pour le faire remonter à la surface. Je tremblais de la tête aux pieds sans pouvoir me contrôler.
" Non, non, non, m'entendis-je dire. C'est absurde, don Juan ! Ce que vous dites est horrible. Cela ne peut tout simplement pas être vrai, ni pour les sorciers, ni pour des gens normaux, ni pour personne.
- Et pourquoi ? me répondit calmement don Juan. Pourquoi donc ? Parce que cela te met en fureur ?
- Oui, cela me met en fureur, répliquai-je. Ce sont des idées monstrueuses !
- Eh bien, je ne t'ai pas encore tout dit. Écoute moi jusqu'au bout et on verra comment tu te sens. Attention, je vais t'infliger un choc ! Ton esprit va subir de terribles attaques, et tu ne pourras pas fuir, parce que tu es pris au piège ; non parce que je te retiens prisonnier, mais parce que quelque chose en toi t'empêchera de partir, même si cela te rend fou de rage. Alors, rassemble tes forces ! "
Don Juan avait raison. Je ne serais pas parti de chez lui pour un empire, et pourtant j'abominais toutes les idioties qu'il était en train de me débiter.
" Je vais faire appel à ton esprit analytique, me dit don Juan. Réfléchis un moment, et dis-moi comment tu peux expliquer la contradiction entre, d'une part, l'intelligence de l'homme sur le plan scientifique et technique et, d'autre part, la stupidité de ses systèmes de croyances ou l'incohérence de son comportement. Ce sont les prédateurs, disent les sorciers, qui nous ont imposé nos systèmes de croyance, nos idées sur le bien et le mal, nos mœurs sociales. Ce sont eux qui suscitent nos espoirs et nos attentes, nos rêves de succès ou notre peur de l'échec, eux encore qui insufflent dans notre esprit convoitise, avidité et lâcheté et qui le rendent prétentieux, routinier et égocentrique.
- Mais comment s'y prennent-ils, don Juan ? lui demandai-je, de plus en plus irrité par ses paroles. Ils nous chuchotent tout cela dans le creux de l'oreille pendant notre sommeil ?
- Non, ils ne procèdent pas aussi bêtement, me répondit don Juan en souriant. Ils sont extrêmement efficaces et organisés, et pour s'assurer de notre obéissance, de notre docilité et de notre apathie, ils ont accompli une manœuvre extraordinaire - extraordinaire, bien sûr, sur un plan stratégique, mais horrible du point de vue de ceux qui en sont victimes. Ils nous ont donné leur esprit ! Tu m'entends ? Les prédateurs ont remplacé notre esprit par le leur, qui est bizarre, incohérent, grincheux, et hanté par la peur d'être percé à jour.
" Tu n'as jamais souffert de la faim, poursuivit-il, et tu as pourtant une sorte d'angoisse à propos de la nourriture. C'est celle du prédateur qui redoute continuellement qu'on découvre son manège et lui coupe les vivres. Par le biais de l'esprit humain qui est en réalité le leur, les prédateurs nous inculquent ce qui les arrange pour améliorer leur sécurité et avoir moins peur.
- Peut-être tout cela est-il vrai, don Juan, mais si c'est le cas, il y a là quelque chose d'odieux qui me répugne et m'oblige à prendre le parti contraire. Et comment font-ils pour nous manger ? "
Don Juan me fit un large sourire. Il avait l'air de bien s'amuser. Il m'expliqua que les sorciers voyaient les nouveaux-nés et les bébés comme d'étrange boules d'énergie lumineuse, recouvertes de haut en bas d'un revêtement brillant, un peu comme si une housse en plastique enveloppait étroitement leur cocon d'énergie. C'était cette couche brillante de conscience, me dit-il, que consommaient les prédateurs. Et lorsque les êtres humains atteignaient l'âge adulte, il n'en restait qu'une étroite bande à hauteur des orteils qui permettait tout juste à l'humanité de survivre.
Comme en rêve, j'entendis don Juan me déclarer qu'à sa connaissance, l'espèce humaine était la seule à avoir cette couche brillante de conscience à l'extérieur du cocon lumineux. C'est pourquoi nous étions une proie facile pour le mode de conscience différent, plus pesant, des prédateurs.
Il me révéla alors quelque chose d'encore plus traumatisant : cette étroite bande de conscience était le siège de l'auto-contemplation dans laquelle l'homme était irrémédiablement piégé. En jouant sur cette auto-contemplation qui est le dernier brin de conscience qui nous reste, les prédateurs suscitaient des éclairs de conscience qu'ils dévoraient avec l'acharnement d'un rapace. Et pour les provoquer, ils nous donnaient à résoudre des problèmes idiots et se nourrissaient du flamboiement énergétique de nos pseudo-intérêts.
Il devait y avoir dans ce que disait don Juan quelque chose de si pénible et bouleversant pour moi que j'en avais des haut-le-cœur.
Après une pose suffisamment longue pour me permettre de récupérer, je demandai à don Juan : " Mais puisqu'ils voient les prédateurs, pourquoi les sorciers mexicains, anciens ou actuels, ne font-ils rien ?
- On ne peut strictement rien faire, me dit tristement don Juan d'une voix grave, hormis se discipliner au point qu'ils ne puissent nous toucher. Et comment demander à nos semblables d'affronter les rigueurs d'une telle discipline ? Ils réagiraient en riant et se moquant de nous, et les plus agressifs d'entre eux s'énerveraient et nous tabasseraient. Ce n'est pas qu'ils ne nous croiraient pas ! Il y a au tréfonds de chaque être humain une connaissance ancestrale, viscérale, de l'existence des prédateurs. "
Mon esprit analytique jouait au yo-yo. Tout ce que me racontait don Juan était grotesque, absurde, et en même temps me semblait raisonnable, très simple. Toutes les contradictions humaines s'expliquaient. Mais comment prendre tout cela au sérieux ? Don Juan me poussait sur le trajet d'une avalanche qui m'emporterait à jamais.

(…) Don Juan continua à enfoncer le clou toujours plus profondément. " Les sorciers mexicains d'autrefois voyaient le prédateur. Ils l'ont appelé planeur parce qu'il jaillit de l'espace. Il n'est pas beau à voir. C'est une grande ombre, d'un noir impénétrable, qui fonce vers le sol et se pose lourdement. Ces sorciers ne savaient pas exactement quand il avait fait son apparition sur terre. Dans leur idée, l'homme avait sans doute été à une époque un être complet doué d'une conscience prodigieuse lui permettant d'accomplir d'incroyables prouesses - tous ces exploits que nous retrouvons aujourd'hui dans nos légendes mythologiques. Ces facultés semblaient par la suite avoir disparu pour donner l'être humain actuel, un être diminué, comme abruti par des sédatifs. "
J'aurai dû me mettre en colère, le traiter de paranoïaque, mais je ne sais trop pourquoi, ce genre d'indignation toujours latente chez moi m'avait quitté. Quelque chose en moi avait même dépassé ce stade où je me disais : " Et si c'était vrai ? " Face à don Juan qui me parlait cette nuit là, je sentais au plus profond de mon être que tout ce qu'il me disait était vrai, mais en même temps, avec une force égale, que tout ce qu'il me disait était complètement absurde.
" Que voulez-vous dire, don Juan ? " lui demandai-je faiblement.
" Ce que je veux dire, c'est que nous avons affaire à forte partie. C'est un prédateur très malin et bien organisé, qui procède méthodiquement pour nous neutraliser et nous empêcher d'être la créature magique que nous étions destinés à être. Nous ne sommes plus désormais qu'une source de ravitaillement et n'avons d'autres rêves que ceux d'un animal que l'on élève pour sa viande : des rêves banals, conventionnels et imbéciles. "

(…) " Ce prédateur, me dit don Juan, est évidemment un être inorganique. Mais il n'est pas pour nous complètement invisible comme le sont les autres. Je suis sûr que les enfants le voient, et devant l'horreur que leur inspire cette vision, ils préfèrent ne plus y penser. Et même s'ils cherchaient à mieux le voir, tout le monde autour d'eux les en dissuaderait. "

Description de ce qu'est un être inorganique, page 231 dudit livre : " Les vieux chamans ont découvert que l'ensemble de l'univers est constitué de deux forces jumelles opposées, mais complémentaires. Ainsi notre monde a un jumeau, un monde opposé et complémentaire peuplé par des êtres doués de conscience, mais dénués d'organisme, auxquels ils avaient donné le nom d'êtres inorganiques. (…) L'ensemble de l'univers regorge de toutes sortes de mondes où la conscience peut être organique ou inorganique. "

" La seule alternative qui reste à l'humanité, continua don Juan, est la discipline. Seule la discipline a un effet dissuasif. Mais je n'entends pas par ce terme une affreuse routine où l'on saute du lit tous les jours à cinq heures du matin pour s'asperger d'eau glacée ! Pour un sorcier, la discipline est la faculté d'affronter sereinement les difficultés imprévues. Il la considère comme un art : l'art de faire face à l'infini sans broncher, non pour faire étalage de sa force, mais pour lui témoigner son admiration et son respect.
- En quoi la discipline des sorciers peut-elle avoir un effet dissuasif ?
- Les sorciers disent qu'elle rend la couche brillante de conscience inconsommable pour le planeur, me dit don Juan en scrutant mon visage comme pour y déceler un signe d'incrédulité. Il est alors perplexe. Je suppose qu'il n'a jamais entendu dire qu'une couche brillante de conscience pouvait ne pas être comestible. Et cette perplexité ne lui laisse d'autre issue que de s'abstenir de poursuivre son infâme activité.
" A partir du moment où les prédateurs ne la mangent plus, notre couche brillante de conscience se développe. En simplifiant à l'extrême, on pourrait dire que, grâce à leur discipline, les sorciers éloignent les prédateurs, ce qui permet à leur couche brillante de conscience de se reformer et de retrouver progressivement sa taille normale. Les sorciers d'autrefois la comparaient à un arbre qui atteint sa hauteur et son volume si on ne le taille pas. Et à mesure que le niveau de conscience s'élève au-dessus des pieds, de nouveaux modes de perception surgissent automatiquement.
" Les anciens sorciers avaient découvert une excellente tactique : ils tenaillaient l'esprit des planeurs par la discipline. Ils s'étaient aperçus que s'ils lui opposaient leur silence intérieur, cette implantation étrangère disparaissait, ce qui confirmait l'origine extérieure de cet esprit. L'implantation étrangère tentait évidemment de revenir, mais elle avait perdu de sa force, et un processus se mettait en marche dans lequel l'esprit des planeurs prenait la fuite de plus en plus souvent, jusqu'au jour où il disparaissait définitivement. Un triste jour, en fait, puisqu'on doit dès lors se débrouiller tout seul en ne comptant que sur ces propres ressources, qui sont pratiquement nulles. Personne n'est plus là pour nous dire que faire, aucun esprit clandestin ne nous dicte plus les idioties auxquelles nous sommes accoutumés.
" Mon maître, le Nagual Julian, disait fréquemment à ses disciples que c'était le moment le plus difficile de la vie d'un sorcier, car notre véritable esprit, celui qui nous appartient en propre et se résume à notre expérience personnelle, est devenu timide, inquiet et fuyant après une vie entière d'asservissement. C'est alors, selon moi, que débute le véritable combat du sorcier. Le reste n'est que simple préparation. "

(…) " Que voulez-vous dire par tenailler l'esprit des planeurs ?
- La discipline le met au supplice, me répondit-il. C'est donc grâce à leur discipline que les sorciers peuvent se débarrasser de cette implantation étrangère. "
J'étais extrêmement troublé. Soit don Juan était bon pour l'asile, soit ce qu'il venait de me raconter était si terrifiant que mon sang se glaçait dans mes veines. Je notai cependant la vitesse à laquelle se ranima mon énergie pour tout nier en bloc. Après un instant de panique, j'éclatai de rire, comme si don Juan venait de me raconter une bonne plaisanterie. Je m'entendis même lui dire :
" Don Juan, don Juan, vous êtes incorrigible ! "
Il parut comprendre tout ce que j'éprouvais et secoua la tête, levant les yeux au ciel, comme pour feindre le désespoir.
" Je suis si incorrigible que je vais asséner à l'esprit des planeurs qui t'habite un coup supplémentaire, en te confiant l'un des secrets les plus extraordinaires de la sorcellerie. C'est la conclusion à laquelle ont abouti les sorciers, une conclusion qu'ils ont mis des milliers d'années à établir et vérifier. "
Il me sourit d'un air machiavélique. " L'esprit des planeurs s'enfuit définitivement lorsqu'un sorcier réussit à saisir la force vibratoire qui assemble les champs d'énergie qui nous constituent. S'il maintient suffisamment longtemps sa pression, l'esprit des planeurs, vaincu, bat en retraite. Et c'est exactement ce que tu vas faire : te cramponner à l'énergie qui maintient ta cohésion. "
J'eus une réaction totalement imprévisible et inexplicable. Une partie de moi était vraiment ébranlée, comme si elle avait reçu un coup. Je me sentis envahi par une terreur injustifiée que j'associai aussitôt à mon éducation religieuse.
Don Juan me regarda de la tête aux pieds.
" Tu redoutes la colère divine, non ? Sois tranquille, cette peur n'est pas la tienne. C'est celle des planeurs, car ils savent que tu vas faire exactement ce que je vais te dire. "
Ses paroles ne me rassurèrent absolument pas, et je me sentis encore plus mal. J'avais des spasmes involontaires que je ne pouvais maîtriser.
" Ne t'inquiète pas, me dit calmement don Juan. Ce genre de crise passe très rapidement. L'esprit des planeurs n'a pas la moindre force de concentration. "
Quelques instants plus tard, toutes ces manifestations disparurent comme don Juan l'avait prédit. Dire que j'étais perplexe serait un euphémisme. Pour la première fois de ma vie, seul ou avec don Juan, je ne savais plus du tout où j'en étais. Je voulais m'extraire de mon fauteuil pour faire quelques pas, mais j'étais mort de peur. La tête farcie d'affirmations rationnelles, je me sentais pourtant terrorisé comme un enfant. Je me mis à respirer profondément et tout mon corps se couvrit de sueurs froides. J'avais déchaîné en moi quelque chose d'épouvantable : des ombres noires fugitives bondissaient partout où que je tourne mon regard.
Je fermais les yeux et reposai la tête sur le bras du fauteuil. " Je ne sais plus que faire, don Juan. Vous avez vraiment réussi à me déboussoler cette nuit.
- Tu es déchiré par une lutte intérieure, me dit don Juan. Tout au fond de toi, tu sais que tu ne peux t'opposer à ce qu'une indispensable partie de toi-même, la couche brillante de conscience, serve inexplicablement à nourrir de mystérieuses entités. Et quelque chose d'autre en toi refuse de toutes ses forces cette situation.
" Ce qui est révolutionnaire dans l'attitude des sorciers, poursuivit-il, c'est qu'ils se refusent à respecter un accord auquel ils n'ont pas participé. Personne ne m'a jamais demandé si j'acceptais d'être mangé par des êtres ayant un mode de conscience différent ! Mes parents m'ont simplement mis au monde pour les ravitailler, comme cela s'était passé pour eux, et c'est tout. "

(…) Revenu chez moi, je m'aperçus que l'idée des planeurs m'obsédait chaque jour davantage, jusqu'au jour où je sentis que les conclusions de don Juan étaient irréfutables. J'avais beau m'efforcer de trouver une faille à sa logique, elle était imparable. Plus j'y réfléchissais, plus j'observais mes semblables et moi-même, plus s'intensifiait ma conviction que quelque chose nous rendait incapables de toute activité ou interaction non focalisée sur le moi. Mon seul souci, comme celui de tous ceux que je connaissais ou rencontrais, était mon moi.

" Tous les êtres humains sur terre semblent avoir exactement les mêmes réactions, les mêmes pensées, les mêmes sentiments. Ils réagissent de manière presque identique aux mêmes stimuli. Le langage qu'ils utilisent jette une sorte de voile sur leurs attitudes, mais si l'on gratte un peu, on voit bien qu'ils ne peuvent échapper à cette similitude de comportement. " Don Juan

(…) Je fis des recherches anthropologiques approfondies sur la présence d'éventuelles allusions aux planeurs dans d'autres cultures. Elles s'avérèrent totalement infructueuses. Don Juan paraissait être l'unique source d'informations à cet égard. Dès que je le vis la fois suivante, je lui reparlai immédiatement des planeurs.
" J'ai fait tout mon possible pour rester rationnel sur ce plan, mais je n'y arrive pas. Il y a des moments où je suis complètement d'accord avec vous sur les prédateurs.
- Concentre ton attention sur les ombres fugitives que tu vois vraiment ", me dit don Juan en souriant.
Je lui fit remarquer qu'elles mettaient en péril ma rationalité. Je les voyais partout. Depuis ma dernière visite chez lui, j'étais incapable de dormir dans le noir. Garder la lumière allumée ne me gênait pas du tout, alors que s'il faisait nuit, tout se mettait à bondir autour de moi. Je ne voyais jamais de véritables formes ou silhouettes complètes, mais seulement ces fameuses ombres noires fugitives.
" L'esprit des planeurs ne t'a pas quitté, me déclara don Juan. Il a été gravement atteint et essaie à tout prix de conclure un nouvel arrangement. Mais il s'est produit en toi une sorte de rupture définitive, et le planeur le sait. Le vrai danger, c'est que l'esprit des planeurs t'ait à l'usure et te fasse abdiquer en jouant sur la contradiction entre ses affirmations et les miennes.
" L'esprit des planeurs n'a pas d'opposant, poursuivit don Juan, et lorsqu'il propose quelque chose, il acquiesce à sa propre proposition et te fait croire que tu as raison. Il va affirmer que les prétendues révélations de don Juan sont complètement absurdes, puis il va tomber d'accord avec se propre déclaration et te faire dire : " Mais oui, c'est vrai, il raconte n'importe quoi ! " C'est comme ça qu'ils nous dominent.
" Les planeurs sont un constituant fondamental de l'univers et nous devons nous efforcer de les voir sous leur véritable jour - terrifiants, monstrueux. C'est par leur intermédiaire que l'univers nous met à l'épreuve.
" Nous sommes des sondes énergétiques douées de conscience, reprit-il comme s'il avait oublié ma présence, que l'univers a créées pour prendre conscience de lui-même. Les planeurs constituent pour nous un défi auquel nous ne pouvons nous soustraire. Nous ne devons pas les mésestimer. Nous devons les vaincre pour que l'univers laisse les êtres humains poursuivre leur existence. "
J'aurai voulu que don Juan m'en dise davantage, mais il se contenta d'ajouter : " Le choc , tu l'as reçu la dernière fois. On pourrait parler pendant des heures des planeurs, mais il est temps de passer à autre chose. "
(…)