jeudi 15 janvier 2026

L’AFRIQUE OU L’ART D’ACCOMMODER L’OCCULTISME A TOUTES LES SAUCES : LE MIROIR AUX ILLUSIONS

 



Très souvent (trop souvent) des membres nouvellement inscrits sur nos sites, ou des postulants viennent vers nous avec cette question récurrente : « Aidez-moi à devenir riche afin que je sois à mesure de m’acquitter de ma cotisation de membre », ou encore « je souhaite devenir riche par tous les moyens ».

Ce post a pour objet d’examiner les ressorts internes de ce type de demande. Nous ne posons aucun jugement quant à la sincérité d’une telle demande, nous nous posons simplement la question de la « justesse d’analyse » des postulants qui viennent avec de telles demandes.

Une littérature abondante - formée essentiellement des posts de groupes ou « ordres » dits Illuminati ou autres experts dans « l’art de faire de vous un millionnaire en 3 jours » - en Afrique, véhicule l’idée assez infantile du rôle CENTRAL ou PRIMORDIAL des Arts Occultes et des fraternités « initiatiques » dans la réussite des « grands de ce Monde ».

La légende vient de la perception erronée qu’ont les « chercheurs africains » de la « maçonnerie » et de ses supposés membres « historiques », membres dont le rayonnement personnel (l’intelligence et le génie) est à leurs yeux inexistant ou simplement dérivé, car il est perçu comme n’étant que l’ombre de la "lumière" reçue au sein de « loges secrètes ».

Aux yeux des « chercheurs africains », Diderot, Montesquieu n’ont en réalité d’autre génie personnel que celui que les loges leur ont conféré par le biais « d’initiations secrètes », dont elles sont jusqu'à ce jour les gardiennes farouches.

Il faut donc, pour espérer s’approcher de la hauteur de tels êtres, s’affilier sans plus attendre aux fraternités dont sont issus ces illustres personnages pour espérer bénéficier ici-bas du même rayonnement magique qui fit d’eux les génies de leur temps.

Une course effrénée commence alors dans la recherche de la loge maçonnique adéquate, du Cercle des Illuminati le plus proche et le plus à même de matérialiser en un clin d’œil la richesse et la prospérité des personnages dont nous envions le talent.

C’est vite oublier une réalité toute simple :

A-Wolfgang Amadeus Mozart : ce compositeur autrichien né à Salzbourg le 27 janvier 1756, décédé à Vienne le 05 décembre 1791, révèle dès l’âge de trois ans des dons prodigieux pour la musique. Ses facultés déconcertent son entourage, et incitent son père à lui apprendre le clavecin dès sa cinquième année.

Le jeune Mozart apprend par la suite le violon, l’orgue et la composition. Il sait déchiffrer une partition a prima vista et jouer en mesure avant même de savoir lire, écrire ou compter. À l’âge de six ans (1762), il compose déjà ses premières œuvres (menuets KV. 2, 4 et 5, allegro KV. 3 inscrits dans le Nannerl Notenbuch, « cahier de musique pour Nannerl »). À quatorze ans, il aurait ainsi parfaitement retranscrit le Miserere de Gregorio Allegri, œuvre religieuse complexe, non publiée, mais connue, qui dure environ quinze minutes, en ne l’ayant écouté qu’une seule fois. Comme nous le voyons la maçonnerie n’a ABSOLUMENT rien à voir avec son génie (à moins de prouver qu’il fut initié dès l’âge de 3 ans !)

Mozart n’est admis à la loge maçonnique Zur Wohltätigkeit (la Bienfaisance) qu’en 1784 à 28 ans).

B-Montesquieu : (1689-1755). Membre de l’Académie française, auteur des Lettres Persanes et de L’Esprit des Lois. L’inspirateur avec John Locke des principes d’organisation politique et sociale de nos sociétés modernes. Initié Franc-Maçon, en 1730 (il a alors 41 ans !), à la loge “Horn Tavern” Westminster, Londres.

Notons qu’en 1721 il avait déjà écrit les Lettres persanes (il n’est pas encore maçon à cette époque). Montesquieu y critique clairement de façon implicite le système monarchique sous lequel il vit : « Cette « arme fatale » créée par Richelieu consiste à réunir les trois pouvoirs (législatif, judiciaire et exécutif) sur la tête d’une seule et même personne : le Roi. Dans ce texte, Montesquieu laisse entendre la vulnérabilité et la versatilité des Français face à leur souverain. On voit donc que la trajectoire de sa pensée est déjà claire (bien avant son adhésion à la maçonnerie).

C-Diderot (l’encyclopédiste) : Denis Diderot était-il franc-maçon ?

Les historiens s’affrontent sur ce point et se jettent à la tête les « Mémoires de Bachaumont », la liste des souscripteurs de l’Encyclopédie, les rapports de Diderot avec la police et le nombre de ses amis qui constituaient la fine fleur de la Loge des Neuf Sœurs.

Mais Diderot fut-il initié oui ou non ? On sait que Voltaire le fut peu avant sa mort, que Rousseau ne le fut jamais, mais s’en vanta pour séduire Mme de Larnage, que Montesquieu y consacra une partie de sa vie… Mais pour Diderot, toujours cette terrible incertitude…

Il en va ainsi des personnages dont nous vantons l’appartenance à la maçonnerie, de brillants esprits qui ne le doivent d’abord qu’à leur génie propre, et c’est ce que l’Afrique si friand en « loges » et en « grades » sensés « transformer » de façon « magique », le vulgaire en gentilhomme, l’inculte en génie, le scélérat en vertueux, doit comprendre.

Les États modernes occidentaux se sont forgés, et se sont construits pour la plupart, autour de la « méritocratie » au bout d’une histoire tumultueuse (qui n’est absolument pas celle de l’Afrique). Le terme méritocratie » a été forgé par le sociologue Michael Young [1915-2002], au milieu du XXe siècle.

En France, le rapport au mérite, sur un plan politique, est lié à l’héritage de la Révolution française. C’est un principe de légitimation qu’il a été nécessaire de mettre en avant pour justifier la fin des privilèges féodaux et soutenir la montée en puissance politique et économique de la bourgeoisie. C’est l’affirmation qu’il existe une égalité en droit des individus : vision théorique, idéalisée, d’un monde où la réussite n’est plus déterminée par la naissance mais par les efforts de chacun.

« La méritocratie est un principe de légitimation puissant pour les catégories sociales dominantes, qui peuvent proclamer qu’elles ont mérité leur sort. »

Cette fiction (nécessaire) est un principe de légitimation extrêmement puissant pour les catégories sociales dominantes, qui peuvent proclamer qu’elles ont mérité leur sort. Sur cette « fiction » se sont bâties des structures de formation des élites en France tels que Polytechnique et l’ENA (pour ne citer que ces deux-là).

A partir de ce type de structure une cooptation des élites se fait de façon verticale et horizontale. Il est dit par exemple que « La France se caractérise par une stabilité du modèle de formation des élites et par une logique de reproduction particulièrement fortes au regard d’autres pays. Cela tient pour une part au fait que le mode de formation des élites y présente une stabilité relativement grande dans le temps. L’accès aux groupes dirigeants y est, sinon verrouillé, du moins assez fermé à ceux qui ont une formation autre que celle dispensée par les classes préparatoires aux grandes écoles puis par les grandes écoles. »

Cette formation (ou ségrégation des élites) ne dépend absolument pas des fraternités initiatiques (elles ne jouent AUCUN rôle à ce niveau). Lorsqu’un Alain Juppé sort major de sa promotion (lui que Jacques Chirac présentait comme le « meilleur d’entre eux »), il ne le doit pas à la maçonnerie, ni à la magie (ou aux arts occultes), il le doit à une formation précise dans une des écoles les plus cotées dans la formation des élites dirigeantes.

La fable de la toute-puissance « maçonnique » est donc bel et bien une fable qui n’a de consistance qu’en aval. Une fois les élites au pouvoir, elles ont besoin d’un liant ou d’un lien (les réseaux tissés dans les mêmes promotions, au cours de la scolarité ne suffisent pas, alors les organisations de type maçonnique servent de lien, de lieu de recrutement, surtout lorsque ces loges sont clairement identifiées en fonction de la profession ou des origines des membres).

Nos fratres africains doivent donc faire attention et faire la part des choses entre les demandes faites par des personnes n’ayant aucun bagage scolaire personnel leur permettant de briguer un poste majeur de responsabilité (demander à la magie d’accomplir le miracle de transformer un inculte né en président de la république ou en un docteur en astrophysique), et les demandes faites par des personnes au sommet de leur art, mais piégés par un système de cooptation injuste, basé sur l’appartenance à un système bureaucratique militaro-tribaliste.

En tout état de cause, la magie ne peut pas TOUT faire et comprendre ce fait simple c’est commencer à pratiquer la magie en « adulte ».

KX

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